L’Externalisation des technologies
Quelle que soit leur taille, les institutions de microfinance (IMF) placent régulièrement la technologie aux rangs des plus grands obstacles auxquels elles sont confrontées. Le manque de ressources en termes de capacités internes, de financement et de logiciels accroît encore les difficultés éprouvées par les IMF qui décident d’incorporer la technologie au sein du processus de traitement des dossiers ou de l’offre de services aux clients.
Qu’en serait-il si les IMF pouvaient externaliser ces fonctions en direction d’une société offrant les compétences appropriées pour mettre en œuvre et administrer des systèmes technologiques complexes ?
En fait, de nombreux établissements bancaires de petite taille, aux États-Unis et en Europe, sous-traitent déjà l’administration de leurs systèmes d’information (SI) ou leurs mécanismes de prestations de services, les guichets électroniques par exemple. Dans ces régions, l’externalisation permet de réduire le personnel de technologie d’information (TI) et les coûts d’infrastructure. Elle met à la disposition des petites banques un système bancaire de base plus robuste qu’elles ne pourraient se procurer par le biais d’une acquisition traditionnelle, et elle permet à ces établissements d’offrir à leur clientèle une gamme de produits et de services plus étendue que si ces outils technologiques étaient administrés en interne.
On constate un intérêt accru des praticiens de la microfinance et des prestataires de technologie pour l’externalisation des TI. Le CGAP a identifié trois nouveaux modèles d’externalisation destinés à la microfinance et prévoit la publication d’une Note Focus sur le sujet début 2009.
1. Les services gérés : l’externalisation de la gestion de la technologie
Les services gérés représentent une façon pour les IMF de transférer la mise en place et l’administration continue des applications informatiques à un tiers, le prestataire des services gérés. L’IMF choisit et achète le matériel informatique et les logiciels, mais elle passe simplement contrat avec le prestataire des services gérés qui procède à l’installation et à l’opération de ces technologies soit sur son site, soit sur le site du prestataire. Si les systèmes sont hébergés sur le site du prestataire, l’IMF accède au logiciel à travers l’internet. Dans le cas contraire, le logiciel est installé sur des ordinateurs personnels (PC) au site de l’IMF, mais il est administré par le prestataire des services gérés.
2. Le fournisseur d’applications hébergées -FAH (Application Service Provider- ASP) : externalisation de la propriété du logiciel informatique.
Avec ce modèle, c’est le fournisseur d’applications hébergées (FAH) qui possède le logiciel, lequel est hébergé sur son site et est offert à l’IMF à travers l’internet avec une facturation proportionnelle. À la différence du modèle des services gérés, le logiciel tout comme l’infrastructure qui l’héberge appartiennent au FAH. La solution du FAH est en général offerte par un éditeur de logiciel comme une solution de remplacement à l’offre simple d’une licence d’utilisation du logiciel. En échange, le client verse des frais initiaux plus élevés L’IMF doit quand même acquérir et maintenir des PC, qui peuvent ensuite accéder au FAH par le biais de l’internet.
3. L’externalisation des mécanismes de prestation et des connexions avec des tiers
Les IMF dotées de SIG robustes peuvent se connecter aux systèmes et mécanismes de prestation existants offerts par des tiers (guichets électroniques, terminaux points-service (TPS), réseaux de paiements et de transferts) sans avoir à remplacer leur logiciel bancaire. Le prestataire de service procède à l’investissement initial : commutateur de guichet électronique, réseau de guichets électroniques, terminaux TPS, service mobile de paiements, serveur de règlements, processus d’émission de cartes. Avec ce modèle, le prestataire relie en réseau les agences de l’IMF entre elles et à ces mécanismes et réseaux de prestation de services à la clientèle par l’intermédiaire d’un « intergiciel » et du commutateur du fournisseur. L’intergiciel convertit les données présentes dans le logiciel de l’IMF aux formats utilisés par ces systèmes, de façon à ce que l’IMF puisse se connecter rapidement à ces systèmes.
Bien qu’il soit encore trop tôt pour évaluer ou prédire le succès à long terme, l’externalisation des TI a le potentiel de donner un coup de fouet à la modernisation des systèmes technologiques d’un grand nombre d’IMF tout en économisant des fonds pour l’ensemble du secteur, en introduisant des standards d’interopérabilité et en tirant parti des infrastructures de paiement et de réseaux déjà en place dans le secteur bancaire commercial.
L’adoption de l’externalisation de la TI dans le secteur de la microfinance rencontre cependant encore des problèmes. Les modèles actuels s’appuient fortement sur l’accès à l’internet, ce qui, à court terme, empêchera un grand nombre d’IMF de participer. Le modèle de fonctionnement de l’externalisation procède fondamentalement du concept des économies d’échelle : le modèle n’est viable qu’avec des volumes importants de participation. Or, dans une ère de connectivité limitée pour un grand nombre d’IMF, il peut être difficile d’obtenir un tel volume.
Une Note Focus prochaine poursuivra la discussion sur ces modèles, sur les conditions préalables de l’externalisation et sur les coûts et bénéfices de l’externalisation.
|